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L’art urbain menacé à Bogota, en Colombie

A Bogota, capitale de la Colombie, l’art urbain est sur la sellette. La mairie souhaite obtenir le titre national de destination touristique durable et n’hésite plus à supprimer les fresques.

sonA Bogota, capitale de la Colombie, l’art urbain est sur la sellette. La mairie souhaite obtenir le titre national de destination touristique durable et n’hésite plus à supprimer les fresques. Retour sur 7 œuvres incontournables dont la durée de vie inquiète.

Un lion en façade de restaurant. Des visages, des instants volés retranscrits sur les murs des maisons. Et des couleurs, à foison. Vous êtes en Colombie, à Bogotá, dans le quartier de la Candelaria. Considéré comme étant le berceau historique de la capitale. Ce centre névralgique de décisions politiques et judiciaires, abrite des maisons au style colonial, des musées, des universités. L’endroit ne pouvait qu’attirer les artistes, leurs revendications, leurs constations.

Aujourd’hui, alors que le quartier change constamment de visage au rythme de l’installation des nouvelles fresques, l’art urbain crée la polémique. Au cours des derniers mois, la mairie de Bogotá a fait effacer plusieurs murs dans le but d’obtenir le titre national de “destino turístico sostenible” (destination touristique durable) en juin 2018.

Les autorités le justifient par la volonté de restaurer le style colonial de certains bâtiments.

Streep vous propose le top 7 de ces œuvres menacées.

7- Vertigo

Vertigo 1

On commence par une entrée artistique dans l’histoire colombienne avec le collectif Vertigo. Il met en valeur l’homme politique Jorge Eliécer Gaitán, connu comme défenseur des causes populaires. Il fut assassiné en 1948, alors qu’il devait être candidat du parti libéral à la prochaine élection présidentielle. La fresque nous renvoie à l’époque de “La Violencia”, période de guerre civile, au cours de laquelle eurent lieu des affrontements entre le parti libéral et le parti conservateur. (1948-1958)

6- Jorge Olave

Jorge Olave

Ces sculptures en résine et fibre de verre s’intègrent parfaitement dans le décor du quartier, à peine perceptibles. Ce sont les « habitants silencieux » de la Candelaria. Leur père, l’artiste Jorge Olave (1953-2013), s’est inspiré de ceux qui animaient la vie de ces rues depuis 1996. Il fut assassiné en 2013. Aujourd’hui, ses sculptures perdurent pour les yeux les plus avisés qui sauront les repérer.

5- Franco et APC

Franco y APC

Prenez donc un peu de recul pour apprécier cette fresque. Il faut se mettre dans la continuité de l’angle de la rue, sur le trottoir d’en face, pour vraiment saisir le jeu de perspective de Franco, l’artiste qui a réalisé le gros chat noir. Les matous qui l’entourent ont été peints par le collectif APC. A gauche de l’image, on discerne Félix the cat. Ce chat rend hommage à Tripido, un street artiste de 17 ans qui a été tué par la police, en 2011, alors qu’il peignait.

4- Guache, DjLu, Toxicomano et Lesivo  (Bogota Street Art)

Avec ce mur, on est au cœur du message politique. Guache, DjLu, Toxicomano et Lesivo (selon l’ordre des œuvres de la fresque), membres du collectif Bogota Street art dénoncent divers travers politiques et sociétaux. Guache s’attaque au tourisme irresponsable et l’exploitation des plus pauvres par les riches. DjLu met en avant une série de portraits des habitants de la rue pour lutter contre l’indifférence des passants à leur égard. Toxicomano, avec son slogan “Trabajo sucio pero trabajo” (“du travail sale mais toujours du travail”) reconsidère les petits jobs habituellement dévalorisés. Enfin, Lesivo critique le discours des Etats-Unis, et plus précisément de l’acteur et homme d’État américain Ronald Reagan (1911-2004), dans sa guerre contre les drogues. Le Président des Etats-Unis disait lutter contre ce fléau quand des hauts gradés militaires importaient eux-mêmes de la drogue sur le sol américain.

3- Guache

Guache 1

Les portraits hyper colorés sont la marque de l’artiste Guache depuis des années. A travers eux, l’homme valorise la culture sudaméricaine. Ici, est peinte une femme bolivienne que l’on reconnait à son chapeau typique. Comme dans de nombreuses œuvres de l’artiste, on identifie l’épi de maïs comme symbole de la culture indigène. Il s’agit d’une des rares œuvres de la Plazoleta Chorro de Quevedo qui n’a pas été effacée ces derniers mois.

2- Carlos Trilleras

Carlos Trilleras.jpg

Ce mur est emblématique du Street art à Bogotá, on le retrouve y compris sur des t-shirts et autres objets touristiques vendus dans la ville. Il s’agit du portait d’une femme kuna, un peuple indigène du Nord de la Colombie et du Panama. Carlos Trilleras restaurait jusqu’à présent régulièrement son œuvre mais ne le fera plus à cause de la position de la mairie face au street art.
1- Rodez, MalegriaNómada

Ce n’est pas un mur mais une rue et une place entière qui ont été sublimées par l’artiste Rodez et ses fils Nómada et Malegria. A ce jour, et après deux mois de travail, les artistes peignent encore les alentours des installations sportives du quartier. Des animaux fantastiques cohabitent à présent avec les écoliers jouant au football et les jeunes faisant du skate.

Rodez, Malegria y Nómada 2

Si vous ne voulez pas vous aventurer seul(e) dans la Candelaria, le Street art graffiti tour part tous les jours, à 10h et à 14h, du Parque de los Periodistas (à côté de la station de Transmilenio Las Aguas) pour vous faire découvrir les œuvres du quartier. Participation libre. ◊

Delphine Proust pour Streep

Candelaria
17e district de Bogota
Colombie

2 comments on “L’art urbain menacé à Bogota, en Colombie

  1. Je ne comprends pas pourquoi la Mairie voudrait supprimer l’art urbain de sa ville. Cela lui apporte des touristes au contraire, non?

  2. camomille deglé

    Je ne comprends pas non plus du tout 🙁

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