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A New Delhi, le street art au cœur du projet gouvernemental

Lundi 15 janvier 2018, le ministre d’État du Logement et des Affaires urbaines indien, Hardeep Singh Puri, a affirmé son désir de voir l'art urbain devenir une composante fondamentale de tous les futurs plans architecturaux de New Delhi. Preuve que le gouvernement voit dans l'expression de l'art de rue une façon de faire progresser la société.

Lundi 15 janvier 2018, le ministre d’État du Logement et des Affaires urbaines indien, Hardeep Singh Puri, a affirmé son désir de voir l’art urbain devenir une composante fondamentale de tous les futurs plans architecturaux de New Delhi. Preuve que le gouvernement voit dans l’expression de l’art de rue une façon de faire progresser la société.

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Artiste Inkbrushnme, New Delhi 2016, Inde ©St+art India

«Nous sommes dans une dynamique en vue de faire évoluer New Delhi pour qu’elle atteigne le rang de ville de classe mondiale», a déclaré Hardeep S. Puri lors d’une table ronde organisée par la Commission des arts urbains de Delhi (DUAC). Le ministre d’État du Logement et des Affaires urbaines indien a notamment rappelé que la deuxième agglomération d’Inde, qui abrite sur son territoire le Parlement, la résidence du président et la Cour suprême nationale, fait l’objet depuis plusieurs années d’un renouvellement de ses infrastructures et d’installations de pointe. Une modernisation visant à augmenter son potentiel touristique.

Et pour attirer toujours plus de visiteurs étrangers, friands de belles photos à poster sur les réseaux sociaux, le ministre a fait part de son objectif d’intégrer pleinement l’art urbain à son plan d’urbanisation. En faisant même un «élément créatif essentiel de toutes nos futures constructions».

Street art New Delhi C psubhashish
 

Artiste Mattia Lullini, Khirkee Festival, Hauz Khas Village, New Delhi 2012, Inde

 

Un appel du pied aux architectes présents lors de ce colloque, mais également aux nombreux sculpteurs, peintres et designers de renom qui oeuvrent dans les rues de l’ancienne capitale du Raj britannique. Il faut dire que le street art n’a pas attendu la reconnaissance du gouvernement indien pour s’implanter dans les métropoles hindoues. Plusieurs festivals, tel le St+art India qui prend d’ailleurs ses quartiers en hiver dans la Lodhi Colony – surnommé Lodhi Art District – de New Delhi, se tiennent déjà régulièrement à travers tout le pays afin d’embellir les villes et villages aux habitations souvent délabrées.

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Artiste Reko Rennie, New Delhi 2016, Inde ©St+art India

«De telles œuvres artistiques, non seulement, ornent notre environnement, le rendent plus beau, mais capturent aussi son âme», a souligné le ministre Puri dans son discours. Selon lui, en plus de célébrer la diversité culturelle de la nation, le street art devrait donc harmoniser esthétiquement les bâtiments et créer un engouement, une cohésion des résidents autour des fresques. De bonnes intentions et de belles promesses qui n’empêchent cependant pas certaines figures de l’art urbain de demeurer sceptiques.

Yogesh Saini, fondateur de la communauté Delhi Street Art, relevait dans les colonnes de The Times of India que les institutions indiennes étaient coutumières du fait de commander des œuvres puis de les effacer rapidement et sans raisons valables.

Street art New Delhi C Meenakshi Madhavan Flickr

De même, en incluant ainsi un volet street artistique dans les projets de développement citadin de l’administration, on est en droit de se poser la question : le street art se verra-t-il imposer le joug du gouvernement, dans ses sujets abordés ? Sera-t-il instrumentalisé ? S’apercevra-t-on finalement au bout de quelques mois que, sous couvert d’ouverture d’esprit, les pouvoirs publics avaient en fait la volonté d’écarter l’expression libre du street art au profit d’un art d’état déguisé ?

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Artiste Senkoe, New Delhi 2016, Inde ©St+art India

Quand on connaît les conditions de vie et de travail des acteurs culturels en Inde – une pétition avait d’ailleurs été lancée par l’artiste Manish Makhija pour alerter à ce propos, en décembre 2015 –, le doute subsiste… ◊

Clotilde Gaillard pour Streep

 

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