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Art Paris accueille (enfin ?) street art et graffiti au Grand Palais

Dali, Brassaï, Cocteau, Léger, Soulages, côtoient Speedy Graphito, Tanc, Blek le rat, C215, Tilt, Invader, JonOne au Grand Palais…les temps changent ?

Dali, Brassaï, Cocteau, Léger, Soulages côtoient Speedy Graphito, Tanc, Blek le rat, C215, Tilt, Invader, JonOne au Grand Palais…les temps changent ?

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Voilà plus de vingt ans que Art Paris Art Fair propose son salon d’art moderne et contemporain dans la capitale. L’art urbain s’impose discrètement mais très sûrement. Peut-on en être surpris ? «Pourquoi devrait-on ?» répond du tac au tac l’artiste parisien Tanc (né en 1979), issu du graffiti.

«Cela fait maintenant dix ans que nous évoluons dans le monde de l’art, des galeries. L’art urbain représente un énorme marché pour les maisons de ventes. Il est donc naturel que les foires s’y intéressent. Elles n’ont même plus le choix, la demande est trop conséquente.» Tanc

«Un nouveau chapitre s’ouvre, celui de notre acceptation dans le monde de l’art.» rajoute l’artiste toulousain Tilt (né en 1973), pratiquant le graffiti depuis plus de 30 ans.

Pour Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair: «L’art urbain a quitté le domaine de la rue où il est né, pour conquérir les cimaises des musées et des galeries. Il est normal qu’ Art Paris Art Fair, foire généraliste ouverte à toutes les formes d’expression, lui accorde une place.»

Tilt y voit surtout un intérêt nouveau et obligatoire, de ce milieu. « Nous n’avons pas quitté le domaine de la rue. Il n’y a qu’à voir le travail du pochoiriste anglais Banksy. Il exerce son art à la fois en atelier et dehors. C’est plus une acceptation : nous ne sommes pas des plasticiens à tendance street art.»

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Tilt, Art Paris Art Fair, Kolly Gallery, stand G15 ©Streep

Street art et graffiti au sein des grandes foires contemporaines : suite logique ou début de la fin ?

Le graffeur pochoiriste Blek le rat (né en 1951) propose aux visiteurs d’Art Paris une relecture des classiques, comme une acceptation entre l’art des musées et celui de la rue. Sa Vénus de Milo exprime de son troisième doigt levé son mécontentement.* Les artistes urbains toujours rebelles ?

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Blek le rat, Venus 2012, Art Paris Art Fair, galerie Ange Basso, Stand B19 ©Streep

«J’ai commencé mes pochoirs en 1981 et regardez, mon travail est enfin représenté au sein des foires ! Cela a pris beaucoup de temps, nous ne sommes pas en avance par rapport à d’autres pays comme l’Angleterre.» reconnaît l’artiste.

«Nous faisons parti de l’évolution de l’histoire de l’art, nous avons donc toute notre place ici. Le mouvement artistique du XIX ème siècle se forge avec notre présence.» Blek le rat

NDLR : La Vénus de Milo est une statue grecque représentant la déesse de l’amour et de la beauté Aphrodite. Découverte en 1820, elle serait l’œuvre Alexandros d’Antioche. On peut l’admirer au Musée du Louvre.

Il pourra être étonnant de découvrir des graffiti exposés gentiment sur des toiles, admirés par une faune peut-être encore plus surprenante que l’œuvre elle-même.

«Le graffiti décontextualisé devient plus accessible et amène donc un autre type de public. Ce décalage m’amuse.» avoue Tilt, connu pour son franc parler.

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Tilt, Art Paris Art Fair, Kolly Gallery, stand G15 ©Streep

«Les gens n’aiment pas cet art quand il est dans la rue, mais ils l’apprécient en galerie. J’aimerais tellement que ces deux mondes se rejoignent. Un jour peut-être, ces visiteurs changeront leur code et accepteront cette ambivalence.» Tilt

Peut-on réellement appeler graffiti, une technique réalisée sur toile ?

Le graffiti vend son âme au diable ?

Pour l’artiste Tanc, ce terme n’est plus adéquate : « Nous sommes déjà dans le post graffiti. Nous avons évolué, adapté notre peinture et nos matériaux de création. Les squats ont laissé la place aux grandes galeries. Ce terme n’est plus approprié.»

Tilt n’est pas d’accord «Au contraire ! Je tiens à l’appellation graffiti. Il fait référence à notre histoire, notre façon de créer, notre mouvement et notre vocabulaire ! Je ne comprends pas pourquoi ces deux mondes devraient être scindés. Oui je travaille chez moi en atelier mais je continue à graffer la nuit, dans les rues toulousaines. Et j’ai besoin des deux.» comme s’il devenait honteux d’appartenir au mouvement graffiti quand on côtoie l’art contemporain.

«On dirait qu’il faut se dédouaner de son passé, comme si le graff était un art brut, stupide. Ne montrer que son travail d’atelier pour être accepté. Je me force à garder mes outils, mes formes et mon vocabulaire. Je ne veux pas renier mon passé pour une école qui n’est pas la mienne.» Tilt

Adapter, évoluer avec les nouvelles règles tout en gardant son identité. Possible pour certains, irréaliste pour d’autres, car déjà dépassé.

L’art urbain enfin légitime

«Il y a un vrai phénomène autour de l’art urbain qui va bien au-delà d’un public non connaisseur ou amateurs. L’art urbain en tant que forme d’art a aujourd’hui acquis une légitimité.» considère Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair.

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Art Paris Art Fair 2018 ©Streep

«Nous étions déjà légitimes dans les années 80.» considère l’artiste Tanc. «Il s’agit plus selon moi, d’une question d’offres et de demandes. Je pense même que nous sommes au début de ce mouvement. Les jeunes prennent la relève, continuent là où nous nous sommes arrêtés, comme une suite.»

Pour Tilt, il n’y a jamais eu autant de graffiti qu’en ce moment : «Allez faire un tour à Manille ou à Mexico, cet art est en plein essor. Les réfractaires s’ouvrent enfin à notre mouvement. Espérons juste qu’il évoluera de façon honnête.» ◊

Art Paris Art Fair
Grand Palais
Jusqu’au 8 avril
http://www.artparis.com/fr

Tilt
It Hurts Until It Doesn’t..
Solo Show
Kolly Gallery (stand G15)

Blek le rat
Solo Show
galerie Ange Basso (stand B19)
*Les Palissades du chantier de la pyramide du Louvre partiellement préservées avec les fresques de l’artiste, sont présentées ici pour la première fois.

Tanc
galerie Perahia (Stand B22)

3 comments on “Art Paris accueille (enfin ?) street art et graffiti au Grand Palais

  1. Bonjour
    Je vais d’abord reprendre cette partie de ton texte :
     » «Les gens n’aiment pas cet art quand il est dans la rue, mais ils l’apprécient en galerie. J’aimerais tellement que ces deux mondes se rejoignent. Un jour peut-être, ces visiteurs changeront leur code et accepteront cette ambivalence.» Tilt
    >>> je suis à l’opposé de cela. J’aime bien cet art dans la rue et estime qu’il aurait du rester sauvage , urbain … et ne pas se montrer dans des salles où l’on paie pour aller voir (ou acheter). Je n’accepte pas cet ambivalence, n’y adhère pas, je ne parviens pas à y adhérer.
    Une seule fois j’ai fait une visite de ce genre c’etait le Paris hiphop je crois … et je n’ai pas aimé plus que cela.
    Cet art en boite n’a plus du tout le même esprit qu’en rue.
    D’ailleurs, y voit on ( comme simples visiteur) dans ces expositions des grafeurs ou artistes non connus mais qui ont de superbes fresques et oeuvres à leur actif ?

  2. Anonyme

    Je ne vois aucune oeuvre street-art. Seulement des oeuvres à tendance street-art. La nuance est grande..

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