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Du street art pour embellir le chantier du Musée de La Poste

Pour cacher les travaux de rénovation du Musée de la Poste, une palissade est laissée à l’imagination fertile des artistes.

Belle idée : pour cacher les travaux de rénovation du Musée de La Poste, une palissade est laissée à l’imagination fertile des artistes.

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Tarek Benaoum, Musée de La Poste, 2018 ©Musée de La Poste, Paris, Thierry Débonnaire

Manège incessant des ouvriers s’activant sur ce chantier de béton armé, image saisissante d’un lieu imposant en rénovation totale. Depuis avril 2015, le Musée de la Poste fait peau neuve. Sa structure des années 1970 devrait être sublimée par l’architecte français Fréderic Jung. En attendant le printemps 2019, le Musée a pensé une exposition hors les murs, pour continuer à exister pendant l’opération.

La Poste et le Street art, une histoire d’amour qui dure

Le Musée de La Poste n’a pas attendu l’effervescence actuelle de cet art pour en parler. En 2011 et en partenariat avec le Musée en Herbe, elle mettait déjà à disposition ses anciennes boîtes aux lettres afin que des street artistes les investissent. Vendues aux enchères, elles ont permis de restaurer une fresque peinte par l’américain Keith Haring (1958-1990) à l’Hôpital Necker.

En 2013, le Musée propose encore une exposition sur l’évolution de cet art. «Au-delà du Street art permettait de mieux comprendre ce mouvement, à travers 70 œuvres. Banksy, C215, Dran, Invader, Miss.Tic, beaucoup d’artistes étaient mobilisés.» se souvient Martine Morel, Directrice de la communication.

Alors quand le chantier se concrétise deux ans plus tard, il semblait logique au Musée de faire appel à l’art urbain pour rester présent culturellement. «Il fallait protéger les habitants et les passants de la nuisance du chantier. Une palissade a ainsi été créée, aux dimensions permettant une intervention artistique.»

Une palissade à la poésie démonstrative

Depuis le 7 avril 2016, différents artistes investissent la palissade parisienne du 34 Boulevard de Vaugirard. L’artiste Katre a été le premier à mêler son univers graphique et dynamique à ce mur éphémère : «Je suis souvent invité à travailler sur des palissades mais la taille de cette dernière était particulièrement appréciable, tout comme sa situation géographique, à côté de Montparnasse.»

Suivront le performeur graffeur et colleur d’affiche normand SP 38, le toulousain Lenz et sa passion des Lego, la parisienne engagée Kashink, le havrais Jace aux gouzou voyageurs (personnages jaunes expressifs), le pochoiriste Guaté Mao, Sophie Photographe et le marocain Tarek Benaoum dont la fresque actuelle peut être admirée jusqu’à fin mai.

«Le travail de l’artiste est présent trois mois avant d’être effacé par l’univers d’un autre. On reste donc totalement dans cet esprit éphémère, cher à cet art.» précise Marie-Anne Teulat en charge de la communication du Musée.

L’événement nommé Ralentir Street Art, force à prendre le temps de s’arrêter et regarder différemment cet imposant chantier. Une confiance mutuelle avec l’artiste dont la fresque n’est jamais connue en amont par le Musée «Nous ne leur imposons rien. Il faut juste qu’ils fassent un clin d’œil à La Poste.» ajoute Martine Morel. «Nous découvrons finalement l’œuvre en même temps que tout le monde !» Pour commencer cette collaboration, l’artiste Katre a choisi de montrer le lieu dans une optique de transformation : «J’ai collé un de mes clichés représentant le lieu en travaux, sur lequel j’ai apposé mes lignes de fuites colorées.» Une première intervention qui a du sens !

Intégration de la palissade artistique : véritable enjeu

Le bruit, la poussière : rien d’attirant dans un chantier. Une palissade artistique pour effacer la pénibilité visuelle de l’intervention semble être la bonne idée.

«Elle s’est très vite intégrée au quartier, à notre grand soulagement. Rien n’était gagné car c’est un art qui ne fait pas l’unanimité. Une nuit, la fresque de Tarek Benaoum a subi un petit dommage, un affichage sauvage. Dès le lendemain, une habitante nous prévenait.» sourit Martine. Une preuve tangible de son acceptation. «Alors que je travaillais mes calligraphies sur la fresque, une vieille dame égyptienne est venue vers moi, a pris mon pinceau et s’est mise à écrire en arabe : ‘mon amour’» raconte Tarek Benaoum encore touché par cet échange intergénérationnel.

«Je crois aussi que cela valorise le travail des ouvriers, très actifs sur le chantier.» ajoute Martine.

Au printemps 2019, la palissade sera supprimée, laissant place au nouveau Musée de La Poste, attendu.

«Tout est art. Même un chantier peut le devenir, finalement. Quand le mur ne sera plus, on trouvera autre chose. Cela amorcera une prochaine exposition.» confie Martine, énergique.

«Il est agréable de se dire que tout peut être poétique. Ces interventions apportent une note de couleur éphémère et nous en sommes heureux.» rajoute Marie-Anne.

Une palissade fédératrice qui renforce l’idée d’un art épanouissant, heureux là où on s’y attend le moins. ◊

Musée de La Poste
34 boulevard de Vaugirard
Paris 15

Exposition hors les murs Ralentir Street Art
Oeuvre de l’artiste Tarek Benaoum
sur la palissade du chantier du Musée de La Poste
Visible jusqu’à fin mai

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