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De l’art urbain dans une ancienne usine d’aciérie

On se croirait dans un film des cinéastes Jean Pierre Jeunet et Caro. Des hauts fourneaux couleur rouille dépassent d’un environnement de fer et d’acier. Au coeur de ce paysage, l’art urbain a trouvé sa place, comme une évidence.

On se croirait dans un film des cinéastes Jean Pierre Jeunet et Caro. Des hauts fourneaux couleur rouille dépassent d’un environnement de fer et d’acier. Au coeur de ce paysage, l’art urbain a trouvé sa place, comme une évidence.

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©Streep.fr

L’usine sidérurgique de Volkingen Hütte est à l’arrêt. Sortie de terre en 1873, elle était pourtant en 1890 le plus grand site de production de poutres de fer du Reich. Sa vision est presque irréaliste. L’ocre domine, penchant entre le rouge et le marron foncé, selon la luminosité. Un monte-charge énorme semble côtoyer les nuages, des rails de chemin de fer s’offrent à perte de vue. On pense à Germinal, le roman d’Émile Zola, et ces hommes qui travaillaient sans relâche et souvent dangereusement. Ici, pas de mines mais une usine grande de 600 000 mètres carrés qui grondait, chauffait, soufflait le charbon. 17 000 personnes y travaillent en 1965, un chiffre incroyablement élevé qui assura de nombreux emplois. On imagine aussi facilement l’enfer de ces métiers, proches du feu, de la poussière, où l’accident n’est jamais loin si l’attention fuit.

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©Streep.fr

Dix ans plus tard, la crise mondiale de l’acier provoque sa fermeture. Le lieu est tellement chargé d’histoire que sa sauvegarde semble évidente. Impression d’un passé déserté ou d’un futur apocalyptique.

Il est classé aux monuments historiques en 1986 et devient patrimoine mondial de l’Unesco huit ans plus tard.

L’enfer devenu paradis

Il faut emprunter une passerelle surplombant la route puis une autre longeant une partie de l’usine, pour se retrouver au coeur de la cokerie. Ici, on carbonisait du charbon à l’abri de l’air. (Le coke est un charbon artificiel obtenu en brûlant la houille, une roche noire, elle permettait la fabrication de l’acier.) Travailler à la cokerie est une tache pénible, dure et peu enviée. Il y fait chaud, très chaud, et le rythme est infernal. Devenu un jardin paysager, une symbiose recherchée entre industrie et nature, on peut maintenant y admirer des oeuvres urbaines. Elles ont pris possession du lieu d’une façon saisissante, à se demander si elles n’ont pas toujours été présentes. Les pochoirs noirs et blancs de l’artiste Levalet habillent les murs, comme un hommage aux ouvriers autrefois présents. Il faudra les chercher, ce qui rend le parcours encore plus intriguant.

Les femmes de YZ se dénudent sur ce grand bâtiment, quand un portrait d’homme réalisé par Vilhs suscite interrogation.

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Vilhs ©Streep.fr

La faune et la flore ont repris leurs droits, l’enfer deviendrait presque paradis, nom donné au jardin. Un peu plus loin, un pochoir de Jef Aérosol, collé sur cette arcade. Le lieu en lui-même devient une oeuvre d’art avec laquelle jouent les artistes. Beauté là où il n’existait qu’âpreté.

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YZ ©Streep.fr

Le collectif Les Francs Colleurs a accroché plusieurs « gouttes » le long du parcours : une forme graphique investie par différents artistes. On lève ainsi les yeux, prenant nos marques petit à petit.

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Les Francs Colleurs ©Streep.fr

Une biennale d’art urbain au sein de l’aciérie

En remontant la passerelle, le vent souffle, cinglant. Juste en dessous, un personnage du brésilien Cranio allume une flamme avec son briquet. Le regard se pose sur une fresque géométrique, effet craie éphémère, du français Philippe Baudelocque. Un escalier nous ramène à terre, tout proche de la salle des mélanges. Grande de 10 000 m2, elle permettait de stocker 12 000 tonnes de matières premières. L’activité était forte : les bennes suspendues montaient jusqu’aux hauts fourneaux, à plus de 27 mètres, tandis qu’à l’étage supérieur, les trains arrivaient avec la matière.

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Cranio ©Streep.fr

C’est au coeur de ce lieu particulier, un des premiers grands bâtiments construis en béton armé, que se tient tous les deux ans, la biennale d’art urbain. Sa 4 ème édition vient de se terminer le 5 novembre, mettant l’accent sur l’art urbain en Amérique du sud et les interventions 2.0 (d’où la présence d’artistes comme Cranio à la fois au sein du lieu mais également in situ, ou encore des Francs Colleurs qui permettent grâce à une application permettant de rendre leur collage sans frontière).

«Notre première exposition a eu lieu en 2011. L’intérêt des gens était très fort, nous ne pensions pas autant. Suite à des discussions intenses avec l’équipe, nous avons donc décidé de créer une biennale. Nous avons exposé 200 artistes parmi les plus importants du monde.» explique Meinrad Maria Grewenig, Président-directeur général de Völklinger Hütte. «Nous les avons rassemblés autour d’une table et demandé de nous faire des propositions. Depuis, nous recevons des demandes d’artistes du monde entier !»

On y découvre des oeuvres de Banksy, Obey, Jace, Mad C, Okuda, le couple berlinois Herakut, les lignes incroyables de Felipe Pantone…

Le plus saisissant de cette exposition est évidemment son accrochage. La salle aurait pu étouffer les créations, par sa grandeur, ses longues allées, son passé aussi, il n’en est rien.

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Stinkfish ©Streep.fr

Les toiles prennent place, entre ou sur des murs, dont la couleur et l’épaisseur les mettent en valeur. «Les oeuvres sont mises en avant de manière forte et différente. Elles ne sont pas présentées devant un simple fond blanc mais ont un lien intense et très optique avec l’environnement.»

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Tilt ©Streep.fr

Il ne s’agit pas d’une foire mais d’une véritable exposition, sans intérêt lucratif. «Notre but n’est pas la vente des œuvres. Mais si jamais quelqu’un est intéressé, nous le communiquons avec plaisir aux artistes ou aux institutions qui font le prêt.»

L’équipe pense déjà à la prochaine biennale. «Nous souhaitons élargir les grandes installations fixes dans le jardin que nous appelons le Paradis. Nous espérons aussi avoir une partie sur l’Asie, il se passe beaucoup de choses en ce moment là-bas : nous aimerions mettre l’accent dessus.»

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Hendrik Beikirch ©Streep.fr

Le lieu vaut à lui seul le détour pour sa beauté sauvegardée. Le terme peut surprendre, mais il y a depuis l’arrêt de cette immense usine, une véritable poésie dans cet univers de fer et d’acier. Un paysage unique qui ne pouvait que plaire aux artistes urbains contemporains. Le mélange entre cette culture industrielle, âpre et complexe, avec celle urbaine, pas toujours tendre non plus, fonctionne vraiment.

Selon Meinrad Maria Grewenig «L’art urbain est l’art du 21 ème siecle», on le croit volontiers. ◊

Usine sidérurgique de Völklinger Hütte
Rathausstraße 75-79
66333 Völklingen
Allemagne
https://www.voelklinger-huette.org/fr/bienvenue/

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Levalet ©Streep.fr

 

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