Le jeu des 7 photos News Rencontre

Rencontre avec Jérôme Thomas et son documentaire sur le graffiti XXL

Sept photographies pour sept anecdotes fortes autour du tournage Sky’s The Limit, les peintres de l’extrême.

En 90 minutes, le documentaire du réalisateur Jérôme Thomas nous dresse un portrait du néo-muralisme, un art de plus en plus accepté et recherché par les villes. Du graffiti XXL tourné au plus près des artistes, pendant trois ans. Retour en image.

Katre Tour 13, Paris (13 ème) : le début du projet

amitié
 » Ce selfie marque le début de mon projet « .

Cette photo a été prise en hauteur, sur le mur de l’artiste Katre, lors de la Tour 13 (immeuble du treizième arrondissement de Paris, investi par 80 artistes avant sa destruction en novembre 2013). Il s’agit du premier mur que j’ai suivi officiellement.  Katre avait besoin de quelqu’un pour l’assister mais il ne trouvait personne de disponible. Je me suis fait violence pour l’accompagner et monter sur la nacelle. Il n’y a qu’à voir la photo pour comprendre mon sentiment une fois là-haut. Katre est derrière moi en train de passer de la colle, je suis avec mon pote, en hauteur, on est habillé comme si on partait dans l’Antarctique et tout va bien ! Ce premier mur a été le déclic pour mon documentaire. Les gens me demandent comment je procède. Mais je ne choisi rien du tout. Ce sont plutôt les murs qui me choisissent.

2. Marko 93, Aulnay-sous-Bois (93) : conduire une nacelle

Aulnay sous Bois Marko93
 » Marko a dû conduire la nacelle pour que je puisse le filmer. On est passé près de l’accident ! « 

Cette photographie me rappelle un moment drôle mais risqué aussi. Il faut savoir que l’on ne peut pas être plus de deux personnes dans une nacelle : il y a en général le peintre et le conducteur de l’engin. Or si je voulais filmer Marko en train de travailler, je prenais donc la place du conducteur. C’est pour cette raison que Marko s’est retrouvé à devoir conduire la nacelle, une première ! Nous avons dû mettre au moins une demi-heure à nous positionner pour peindre la façade. Marko passait son temps à se pencher pour écouter les recommandations du conducteur. Au départ, on y allait à la verticale, sauf que plus on montait, plus on penchait ! C’était dangereux. Il ne faut jamais monter en ligne droite, on le saura. En plus, je croyais avoir relié mon harnais de sécurité à la nacelle, et je m’aperçois une fois en hauteur que je l’avais attaché à moi-même !

3. Pantónio, Paris (13) : recherche de la vue idéale

Pantonio paris 13 © Gilles Le Fer
 » Toutes les semaines, un habitant prenait en photo l’évolution de la fresque de Pantónio « . © Gilles Le Fer

On avait du mal à trouver un point de vue pour photographier l’œuvre de Pantónio : une fresque complètement dingue haute de 66 mètres et réalisée entièrement au pinceau et au rouleau. Cet artiste travaille sur un mur comme il le ferait sur une toile, c’est juste fou. J’ai beaucoup cherché l’angle de vue idéal. Soit je me faisais recaler soit je ne parvenais pas à me situer face à la fresque. Et puis ce cliché reçu sur le facebook de Pantónio. Un voisin avait photographié toute l’évolution du mur. Son immeuble était à 250 mètres, juste en face. J’ai compilé ses prises et je les ai mises dans le documentaire. J’y suis ensuite retourné pour faire les plans définitifs en vidéo.

4. Stew, Paris (13) : le vide

Stew
 » C’est là que j’ai compris ce que pouvaient ressentir les gens sujets au vertige ! « 

Une des rares fois où je me suis fait vraiment peur. Je voulais prendre des photos depuis le toit de cet immeuble mais la nacelle ne montait pas jusqu’en haut, elle s’arrêtait un étage au dessous. Il fallait monter sur le bord du bi-mât, mettre ses pieds sur la barre et se hisser. Autant je suis monté sans difficulté, autant pour descendre, ça a été une autre histoire. Quand tu te retrouves au bord d’un immeuble de 15 étages, dos au vide, tu sens la panique monter. Stew m’a donné des explications, il fallait que je m’accroupisse dos au vide de 50 mètres et que je fasse une traction inversée pour remonter sur le bi-mât. Ma jambe nageait dans le vide, je n’étais pas assez grand. Il a donc guidé un pied, puis l’autre, jusqu’à ce qu’ils touchent enfin la rambarde métallique. Ca n’a pas été mon moment préféré ! Je l’ai d’ailleurs filmé mais j’ai perdu les rushs…

5. Inti, Mulhouse (Alsace) : travailler par tous les temps

Inti
 » Ce projecteur était providentiel, surtout en plein hiver quand la lumière et rare et qu’il y a eu des jours de pluies « .

C’est une photographie prise de nuit. Je l’aime beaucoup car elle montre bien la volonté de certaines personnes pour que les projets se réalisent. Nous étions en hiver donc la lumière limitait beaucoup le travail. On nous a amené un groupe électrogène pour que l’artiste Chilien Inti puisse travailler au-delà de 17h30, heure à laquelle le soleil se couchait. Il était hyper content parce qu’il avait déjà perdu une journée à cause de la pluie. Il ne faut pas oublier que les peintres doivent faire avec le temps mais aussi avec les données techniques. La nacelle était louée 9 jours, pas plus.

6. Borondo, Paris (13) : conducteur et artiste, un lien particulier 

Borondo
 » Le nacellier gère toute la sécurité de l’artiste, leur lien est souvent particulier « .

La photo montre l’artiste Borondo en train de dédicacer une esquisse pour le conducteur de son mur. C’était un personnage très rigide, je n’ai pas pu monter une seule fois sur la nacelle pour faire mes plans, impossible de négocier avec lui. Et puis est arrivé ce moment où Borondo lui a offert ce dessin. L’homme s’est alors ouvert subitement, comme si son armure fondait. Il était heureux du geste de Borondo. Le nacellier et l’artiste sont souvent très liés. C’est le conducteur qui vérifie la sécurité, le fait que le sol puisse supporter une telle charge ou que le harnais soit bien attaché. Souvent, ils anticipent les mouvements de peinture des artistes. Ils déplacent leur machine en suivant le geste de l’artiste, ils anticipent ses mouvements, ils l’accompagnent.

7. Jace, Paris (19) : gros tournage, petits moyens

Jade © Guillaume Saintives
 » Quand j’étais sur la nacelle aux côtés des artistes, mes caméras continuaient à tourner en bas, sans surveillance. Pas d’autres solutions que de faire confiance « . © Guillaume Saintives

Ce cliché évoque le processus du film. La fresque n’est pas finie et l’on me voit sur la nacelle en train de profiter de la vue. Pendant qu’on me prend en photo, mes deux caméras tournent sans s’arrêter en contre-bas. Je suis à Pantin (93), sans assistant car je n’ai pas le budget. Je n’ai donc pas d’autres choix que de faire confiance au quartier et à la ville. Je laissais les pieds et les caméras tourner en bas des fresques, sans aucune sécurité. J’ai certainement dû faire des excès de confiance.

SKY’S THE LIMIT, les Peintres de l’Extrême
De Jérôme Thomas
Projections :
20 mai Palaiseau, Cinépal (18 Avenue du 8 Mai 1945, 5 euros, 21 heures)
8 juin Paris, espace Ken Saro-Wiwa ( 63 Rue de Buzenval, Paris 20)

Voir le teaser : https://vimeo.Com/176761260

Group Facebook : Facebook.com/sky1limit

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